J’ai rencontré CV Harquail sur Twitter il y a 10 ans. A l”époque, je faisais activement partie de 3Plus International avec Dorothy Dalton et Anne Perschell, et je l’avais contactée pour contribuer à notre blog “NOW Leadership“. Elle avait écrit un article qui avait fait l’effet d’ une bombe : Le sexisme dans les conférences TED.

Nous avons entamé une correspondance animée sur  les sujets qui nous passionnent: le féminisme, le leadership, des rapports de pouvoir et la transformation de la société. J’avais à ce moment là crée mon propre cabinet de coaching de “Geronimo Leadership”, et je passai beaucoup (trop) de temps sur les réseaux sociaux et aussi dans les réseaux féminins. J’écrivais énormément et je me dispersais pas mal aussi.  Quand j’ai rejoint la belle équipe d’ Ideas on Stage en 2013, grâce à Phil Waknell et Pierre Morsa, j’ai consacré mon énergie à créer et developper Women on Stage, tout en travaillant ardemment à plein temps en tant que responsable de la formation chez Ideas on Stage en Europe. Je passais la majeure partie de mon temps auprès des cadres dirigeants des société du CAC 40, ou auprès des start-ups. Un univers dominé par les hommes et une certaine vision du pouvoir. J’ai cessé d’écrire sur mon blog et disparu des réseaux sociaux. Nous nous sommes perdues de vue. Jusqu’à la semaine dernière. 

Je suis tombée sur cet article sur LinkedIn et j’ai eu un énorme coup de coeur à nouveau. Transforming to a Feminist Economy.Un tel coup de cœur que j’ai eu envie de le partager avec mon réseau francophone et la communauté de Femmes Ici et Ailleurs J’ai décidé de la traduire en français, encouragée par Marine Simoes 

“Qu’est-ce qu’une économie féministe, vous demandez-vous peut-être ?

Permettez-moi de vous dire ce que ce n’est pas. Ce n’est pas une économie qui célèbre les qualités dites «féminines» et ce n’est pas une économie qui rejette ou dénigre toutes les qualités «masculines».
L’idée de qualités féminines et masculines est une construction sociale, et ce n’est pas une construction sociale appropriée pour caractériser une économie, encore moins pour caractériser des êtres humains.
Nous n’avons pas besoin de donner un genre à notre économie, car les valeurs dont nous avons besoin dans notre économie ne sont ni «masculines» ni «féminines». Les valeurs dont nous avons besoin dans notre économie sont féministes.

Qu’est-ce que je veux dire quand je dis que ce devrait être une économie féministe ?

Nous devons œuvrer pour une économie façonnée par et soutenant les valeurs et les objectifs du féminisme.

Le féminisme est une vision du monde et un mouvement politique pour nous toutes et tous afin de mettre fin à l’oppression et au sexisme, d’établir l’égalité et la justice et de créer un monde où tout le monde s’épanouit. Voilà le but ultime.

Donc, si nous prenons le féminisme, les valeurs du féminisme, l’objectif du féminisme et que nous l’intégrons dans l’économie, voici ce que nous allons faire. Nous allons défier et changer les systèmes de pouvoir qui créent l’oppression et soutiennent la domination. En démantelant ces systèmes, nous construirons également de nouveaux systèmes qui soutiennent l’égalité et la justice, qui soutiennent la participation de chacun d’entre nous, qui soutiennent le soin, le « care » et les relations, et qui, finalement, offrirons et mettrons à disposition ce dont nous avons tous besoin pour prospérer.
Le mot «mettre à disposition» est très important dans l’économie féministe.
Au lieu de se concentrer sur l’achat et la vente à but lucratif, l’économie féministe examine un domaine d’activité beaucoup plus vaste. L’économie féministe se concentre sur ce que nous faisons pour mettre à disposition et fournir aux uns et aux autres ce dont chacun et chaque système vivant a besoin.

Une économie féministe

Une économie féministe est décolonisée, car aucune oppression n’existe. Une économie féministe évolue et est guidée par des processus démocratiques auxquels nous participons tous. Une économie féministe est régénératrice ; non seulement elle remplace et restaure ce qu’elle utilise, mais elle crée également une valeur entièrement nouvelle. Et, une économie féministe est au service de tous.

Pour accéder à cette économie féministe, nous devons donner la priorité au système de soins, au « care ». Nous devons soutenir et nous concentrer sur les relations. Et finalement, nous devons comprendre que notre objectif est de subvenir à nos besoins. Il ne s’agit pas de gagner de l’argent, mais de se procurer les ressources dont nous avons tous besoin pour que nous puissions tous prospérer.

Comme nous le reconnaissons maintenant, les objectifs et l’intention d’une économie féministe sont fondamentalement différents de ce qui se passe actuellement dans notre économie.

Que pouvons-nous faire pour nous transformer en une économie féministe ?

Étant donné que nous tous ici à SheEO sommes impliqués dans la création d’entreprises, les entreprises de premier plan et le soutien aux entreprises qui changent le monde, un moyen clé pour mener une transition vers cette économie féministe est par le biais de nos propres entreprises. Par le biais d’entreprises spécifiquement féministes.

Que veut-on dire par « entreprises féministes »?


Ce qu’une entreprise féministe n’est PAS.

  • Une entreprise féministe n’est pas une entreprise fondée par une femme.
  • Une entreprise féministe n’est pas une entreprise qui soutient et sert des clientes avec des produits destinés aux femmes.
  • Une entreprise féministe n’est pas une entreprise qui compte beaucoup de femmes.
  • Une entreprise féministe n’est pas seulement une entreprise qui ajoute plus de femmes mais fonctionne toujours comme toute autre entreprise conventionnelle qui n’avait pas de femmes fondatrices ou dirigeantes.


Une entreprise féministe fait deux choses simultanément: elle promeut les valeurs féministes et elle fabrique et vend des choses pour gagner de l’argent.
Une entreprise féministe doit être une entreprise durable et rentable. Il doit également promouvoir la justice. Il doit fonctionner de manière régénérative. Elle doit créer de la valeur collective et, comme une économie féministe, elle doit assurer l’épanouissement de nous tous.


Soyons bien d’accord….

  • Nous avons absolument besoin de plus d’entreprises fondées par des femmes,
  • Nous avons besoin de plus d’entreprises qui servent des femmes avec des produits destinés aux femmes
  • Nous avons besoin de plus d’entreprises dotées de femmes.

Il est important d’avoir plus de femmes dans l’économie, mais cette seule tactique ne suffit pas.

«Ajouter plus de femmes» ne suffit pas pour changer le monde de l’économie et ses systèmes de pouvoir et nous conduire à une nouvelle économie féministe.
Ce dont nous avons besoin, ce sont des entreprises féministes, des entreprises organisées autour des principes du féminisme et destinées à remettre en question et à changer les systèmes de pouvoir.


Comme Joy Anderson l’a expliqué dans le discours qui a précédé le mien, et que j’aborde en détail dans mon livre, le changement de système ne concerne pas seulement la remise en question du sexe, de la race, des capacités, de l’orientation sexuelle ou de toute autre catégorisation sociale. Tous ces -ismes ont le même objectif: protéger le pouvoir illégitime de quelques-uns au sommet, aux dépens de nous tous.
Le changement de système signifie que nous remettons en question les systèmes de pouvoir sous-jacents que le sexisme, le racisme, le capacitisme*, le colonialisme , l’hétérosexisme et tant de schémas de catégorisation sociale sont tous conçus pour maintenir.
En se concentrant sur les systèmes qu’elle crée avec chacune de ses parties prenantes, les entreprises féministes défient et modifient la dynamique de pouvoir conventionnelle. Au niveau le plus simple, elles remettent en question la dynamique du pouvoir où l’entreprise conçoit des systèmes pour extraire des ressources de ses parties prenantes et maintenir une sorte de domination et de contrôle sur eux.
Au lieu de cela, les entreprises féministes se conçoivent pour subvenir aux besoins de leurs parties prenantes en les soutenant avec des ressources qui aident à la fois l’entreprise et ses parties prenantes à prospérer.
Les entreprises féministes fournissent des ressources à tout leur cercle d’influence, leur propre petit écosystème. Nous mettons à disposition ces ressources à nos parties prenantes, employés, clients, investisseurs, fournisseurs, et l’ensemble de la communauté autour de nous. Et ce que les entreprises féministes fournissent, c’est une gamme de ressources qui sont essentielles à l’épanouissement des entreprises et des humains.

Alors voici ma #demande (my #Ask).

Ce que j’attends de vous et de nous toutes et tous, c’est d’investir dans l’entrepreneuriat féministe. Par cela, je veux dire que je vous demande de considérer votre entreprise comme une activité politique, une activité qui remet en question et transforme les systèmes d’oppression et de pouvoir.

J’aimerais que vous réfléchissiez à comment vous pourriez incarner des valeurs et des pratiques féministes dans votre travail au quotidien.

Et j’aimerais que vous considériez votre propre cercle d’influence et que vous vous demandiez ,

“Comment est-ce que je peux commencer à transformer ces systèmes grâce au travail que je fais, à mon échelle, dans mon écosystème ?”


C’est ce que j’attends de vous. That is my #Ask.”

*traduction de “ableism” l’oppression vécue par les personnes handicapées.

Fin de la traduction d’une partie de la conférence de CV Harquail, avec l’autorisation de l’auteur.

Depuis presqu’un an, j’ai quitté la belle aventure d’Ideas on Stage pour me recentrer autour du coeur de mon activité, à LYON, afin de passer moins de temps à Paris et dans le TGV et plus auprès de ma famille et mes amis. J’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée dans l’entrepreneuriat, en créant ma propre société de coaching, organisme de formation, Marion Chapsal S.A.S.U.

Oser rayonner Marion Chapsal

Je consacre désormais toute mon énergie à réconcilier les femmes avec le pouvoir, avec leur pouvoir, leur leadership, en les aidant à prendre la parole,  prendre leur juste place et rayonner. Pour en savoir plus.

A bientôt

Marion

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